Le problème : Pâques et l'équinoxe de printemps
Le calendrier julien avait une erreur résiduelle : il comptait l'année solaire à 365,25 jours alors qu'elle dure 365,2422 jours. Différence infime : 11 minutes et 14 secondes par an. Mais sur des siècles, l'accumulation devenait visible.
Au concile de Nicée en 325, il avait été décidé que Pâques serait célébrée le premier dimanche après la première pleine lune de printemps, le printemps étant fixé conventionnellement au 21 mars. En 1582, l'équinoxe de printemps réel tombait le 10 ou 11 mars au lieu du 21. En 1 200 ans, le décalage avait atteint 10 jours. Pâques était donc célébrée "trop tard" par rapport à l'équinoxe réel.
Pour l'Église catholique, c'était un problème religieux grave. Le concile de Trente (1545-1563) avait mandaté une réforme. Elle fut finalement confiée au pape Grégoire XIII, avec le soutien de l'astronome Christophe Clavius (jésuite) et du médecin Aloysius Lilius, qui fournit la solution technique.
La réforme de 1582 : deux corrections
La bulle papale Inter Gravissimas du 24 février 1582 introduisit deux changements :
1. La suppression de 10 jours
Pour corriger le décalage accumulé, 10 jours furent supprimés d'un coup. Dans les pays qui adoptèrent la réforme en 1582, le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 fut le vendredi 15 octobre 1582. Le 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 octobre n'existèrent pas dans le calendrier grégorien. Les gens se couchèrent le 4 et se réveillèrent le 15.
2. La nouvelle règle des années bissextiles
Le calendrier julien faisait de chaque année divisible par 4 une année bissextile. Le calendrier grégorien ajoute une exception pour les années séculaires (divisibles par 100) :
- Une année divisible par 4 est bissextile... sauf si elle est divisible par 100
- ...sauf si elle est aussi divisible par 400, auquel cas elle redevient bissextile
Exemples : 1700, 1800, 1900 ne sont pas bissextiles (divisibles par 100 mais pas par 400). L'an 2000 est bissextile (divisible par 400). 2100, 2200, 2300 ne seront pas bissextiles. Cette règle réduit l'erreur annuelle à 26 secondes : le calendrier grégorien ne s'écarte de l'année solaire réelle que d'un seul jour tous les 3 300 ans environ.
L'adoption mondiale : 4 siècles de résistances
Les pays catholiques adoptèrent rapidement la réforme :
| Pays / Région | Adoption |
|---|---|
| Espagne, Portugal, Italie, France, Pologne | 1582 |
| Autriche, Bohême, certains cantons suisses | 1583-1584 |
| Prusse protestante | 1610 |
| Grande-Bretagne et colonies (dont Amérique du Nord) | 1752 |
| Suède | 1753 |
| Japon (calendrier civil) | 1873 |
| Chine (République) | 1912 |
| Russie (après la révolution bolchévique) | 1918 |
| Grèce | 1923 |
| Arabie Saoudite (usage civil) | 2016 |
La résistance des pays protestants était en grande partie confessionnelle : accepter la réforme du pape semblait une capitulation religieuse. En Grande-Bretagne, l'adoption en 1752 provoqua des émeutes populaires : les gens croyaient avoir perdu 11 jours de leur vie. La phrase "donnez-nous nos 11 jours" est entrée dans le folklore politique anglais.
Le calendrier grégorien aujourd'hui
Le calendrier grégorien est aujourd'hui le standard international pour les échanges civils, commerciaux, scientifiques et diplomatiques. Il est utilisé par la quasi-totalité des pays du monde pour leur calendrier civil officiel, même si beaucoup maintiennent en parallèle leur propre calendrier pour les fêtes religieuses ou traditionnelles (calendrier hébreu, islamique, hindou, chinois...).
Sa précision est suffisante pour des millénaires : le prochain ajustement nécessaire ne surviendra pas avant l'an 4909 environ. En pratique, l'accumulation de 26 secondes d'erreur par an n'aura un effet visible qu'après plusieurs milliers d'années.