Avant César : le chaos du calendrier romain

Le calendrier romain avant la réforme de César était dans un état de désordre avancé. Initialement lunaire (attribué au roi Romulus), il avait été modifié plusieurs fois, passant de 10 mois à 12, avec des mois intercalaires ajoutés au gré des pontifes (les prêtres-administrateurs chargés du calendrier). Ces intercalaires étaient souvent manipulés pour des raisons politiques : allonger ou raccourcir les mandats de magistrats, faire coïncider des élections avec des périodes favorables.

En 46 av. J.-C., le décalage entre le calendrier civil et les saisons réelles était tel que le mois de mars (censé correspondre au début du printemps) tombait en été. Jules César, de retour d'Égypte où il avait rencontré l'astronome Sosigène d'Alexandrie, décida une réforme radicale.

La réforme de 46 av. J.-C.

Pour remettre le calendrier en phase avec les saisons, César commença par une mesure exceptionnelle : l'année 46 av. J.-C. dura 445 jours, la plus longue de l'histoire romaine, appelée plus tard annus confusionis (l'année de la confusion). Ces jours supplémentaires permirent de recaler immédiatement le calendrier civil sur la réalité astronomique.

À partir du 1er janvier 45 av. J.-C., le nouveau calendrier entrait en vigueur. Ses principes, établis avec Sosigène :

L'invention de l'année bissextile

L'idée d'ajouter un jour tous les 4 ans est l'apport majeur du calendrier julien. L'année solaire dure environ 365,25 jours. En arrondissant à 365 jours, on accumule un retard de 0,25 jour par an, soit 1 jour tous les 4 ans. L'année bissextile compense ce retard en ajoutant un jour.

En latin, ce jour était inséré bis (deux fois) après le sextum Kalendas Martii (le 6e jour avant les Calendes de mars, soit le 24 février). D'où le nom annus bissextilis, devenu "année bissextile." C'est pourquoi dans certaines traditions anciennes, le jour intercalaire était le 24 février et non le 29 février.

L'erreur résiduelle du calendrier julien est petite mais réelle : l'année solaire fait non pas 365,25 jours mais 365,2422 jours. La différence (0,0078 jour/an) s'accumule sur des siècles jusqu'à créer un décalage de plusieurs jours, ce que corrigera le calendrier grégorien en 1582.

Les mois du calendrier julien

César et Auguste ont tous deux laissé leur nom dans le calendrier. Initialement, le 5e et 6e mois s'appelaient Quintilis (le cinquième) et Sextilis (le sixième). Quintilis fut renommé Iulius (juillet) en hommage à Jules César en 44 av. J.-C. Sextilis devint Augustus (août) en 8 av. J.-C. en hommage à l'empereur Auguste.

Auguste voulut aussi que son mois soit aussi long que celui de César (31 jours). Juillet en avait 31. Août en avait 30 dans le projet initial. Auguste ordonna d'ajouter un jour à août, enlevé à février : c'est pourquoi février n'a que 28 jours (29 les années bissextiles).

16 siècles d'usage et la survie orthodoxe

Le calendrier julien domina l'Europe jusqu'en 1582. À cette date, le décalage accumulé (environ 10 jours) poussa le pape Grégoire XIII à introduire le calendrier grégorien. La plupart des pays catholiques passèrent rapidement. Les pays protestants résistèrent parfois longtemps : la Grande-Bretagne attendit 1752, la Suède 1753.

Aujourd'hui, le calendrier julien survit dans les pratiques liturgiques de plusieurs Églises orthodoxes (russe, serbe, géorgienne...), qui continuent de calculer les fêtes religieuses selon l'ancien système. En 2026, le calendrier julien accuse un retard de 13 jours sur le calendrier grégorien. C'est pourquoi le Noël orthodoxe (russe, serbe) tombe le 7 janvier dans le calendrier civil, et non le 25 décembre.