L'étymologie la plus disputée

Avril est le seul mois dont l'étymologie divise vraiment les linguistes. Deux hypothèses principales s'affrontent :

Théorie 1 : aperire (ouvrir)

La tradition la plus ancienne (remontant à Varron, Ier siècle av. J.-C.) dérive Aprilis du latin aperire : "ouvrir." Avril serait le mois où la terre s'ouvre, où les bourgeons éclatent, où la végétation s'éveille. Cette interprétation s'appuie sur le sens concret du verbe et sur l'observation phénologique : le printemps s'ouvre bien en avril dans le Latium.

Théorie 2 : Apru (Aphrodite étrusque)

Des recherches plus récentes (notamment celles de Jacques Heurgon sur les emprunts étrusques en latin) proposent une dérivation du nom étrusque Apru, lui-même emprunté au grec Aphrodite (Vénus en latin). Avril serait ainsi le mois de Vénus, déesse de l'amour et de la fertilité, en symétrie avec le mois de mars dédié à son amant Mars.

Des inscriptions romaines montrent d'ailleurs qu'avril était associé aux cultes de Vénus : la fête des Veneralia se tenait le 1er avril en son honneur. Cette coïncidence tend à soutenir la théorie de Vénus/Aphrodite.

Le verdict des linguistes

Aucune des deux théories n'est définitivement prouvée. La transition phonétique de Apru à Aprilis est régulière et crédible linguistiquement. La dérivation d'aperire est sémantiquement élégante mais phonétiquement moins convaincante (aperire → aprilis nécessite des raccourcissements inhabituels). La plupart des linguistes contemporains penchent aujourd'hui légèrement en faveur de la théorie étrusque/Aphrodite.

Le poisson d'avril : une tradition de transition

Le 1er avril est associé en France (et dans de nombreux pays) aux farces et aux faux poissons collés dans le dos. L'origine de cette tradition est incertaine, mais la théorie la plus répandue la lie à la réforme du calendrier de Charles IX en 1564 : l'Édit de Roussillon déplaça le Nouvel An du 25 mars au 1er janvier. Ceux qui continuaient à fêter le Nouvel An au printemps (vers le 1er avril) devinrent la cible de plaisanteries et de cadeaux fictifs.

Le poisson (symbole de fertilité printanière, et notamment la carpe associée à la période post-Pâques où la pêche reprend) s'est imposé comme symbole de ces farces vers le XVIIe siècle.